 | Ca, c'est moi durant ma période glorieuse, celle du Royal Canin. |
Voici mon histoire :
"Maman, quand je serais grand j'veux faire le troubadour"
Ginette la Docile passa sa langue rapeuse entre les deux ou trois chicots qui lui restaient. Ne sachant que repondre, elle lui assenna un violent coup de tete. Au moins le petiot etait calmé.
Elle s'agenouilla, prit son chapelet entre ses mains et se mit à prier.
"Jesus revient, Jesus revient, Jesus revient parmi les tiens". Elle fredonnait à tue-tete (geste difficile, nos lecteurs en conviendront) lorsque Charles entra.
Depuis qu'ils habitaient la petite maison dans la prairie, le Malin et son cousins le Malheur s'etaient invités à leur table.
Cela commença par Marie, l'ainée, qui perdit la vue et l'appetit, ensuite Carrie la benjamine, emportée par son élan, elle dévala la colline et finit sa course empalée sur un caillou, un gros caillou pointu dois-je preciser.
Qu'ils étaient loin les jours heureux où charles sortait son instrument, égayant les longues soirées hivernales passées au coin du feu. "Meme pas mal" se dit-il à lui-même lorsqu'il reprit ses esprits. Entrouvant avec difficulté son oeil gauche tuméfié il vit ses géniteurs sangloter de tristesse. Charles prit la parole : "Es-tu certain, mon fils de ne vouloir prendre ma succession à la scierie". Lui se voyait déjà en haut de l'affiche, en dix fois plus gros que n'importe qui son nom s'étaler, il se voyait déjà adulé et riche, signant des parchemins aux admirateurs qui se bousculaient.
"Que nenni" répondit l'effronté.
"Dans ce cas je ne puis te retenir plus longtemps, va, va à Treguier en Bretagne à la taverne du Chaud Bise et demande après les Bidgises, une troupe de troubadours intermittents du spectacle, eux t'initieront à l'art de la complainte." lui lança son père sans reprendre son souffle.
Quelques regards, quelques paroles suivies d'accolades, quelques sourires par-ci, par-là, les adieux furent brefs mais émouvants. Il huma une dernière fois l'odeur de sa terre natale, prit son baluchon et mit un pied devant l'autre puis un autre et encore un autre, chaque pas le rapprochant de l'horizon.
D'un geste élégant il se retourna vers eux tout en traversant la route du Comté et leur sourit ......
....... et Paf le Chien